de fausse alarme en lieu commun,
inertes et muselées, les mains
se répandent comme une pieuvre
la mort enfantant ses chef-d’œuvres
n’écrit plus que du bout des doigts
ni ne crie plus à pleine voix
n’écoute plus que d’une oreille
les musiques aux autres pareilles
recouchée sur son piédestal
la statue de papier mâché
fondue en pluie dégoulinée
ruisselle en filets d’encre pâle
des giclées d’amour en bouillie
et des souvenirs en fouillis
souillent les champs de blé en herbe
fertilisés à nos proverbes
appel de la vie, résistance
clameurs sourdes d’une autre chance
Je t’aime à ma façon d’enfance réfugiée
Chérissant le tyran puisqu’il s’impose en père
M’offrant les bras liés et les jambes ouvertes
A la jonction du si et de l’impératif
Du ventre impérieux et du moi impérial
Offerte à ton désir comme un soleil polaire
Roulant sur l’horizon de cristaux clignotants
Amortis d’angelures où le silence éclate
En furieuse oraison dans les cieux entr’ouverts
pour Elie Delamare de Boutteville,
Conquérant de Vertiges
Putain, c’est plutôt un métier pour les femmes ;
il y a peu d’élues pour beaucoup d’appelées /
C’est un état pourtant dont il faut s’essayer
à la pratique, pour savoir s’il conviendra ou non
sans vêtement aucun des pieds à la ceinture,
/ - il se peut tolérer des socquettes légères - /
recouvrir les seins d’un cache-cœur de dentelle,
/ s’allonger sur le dos contre un matelas ferme /
se détendre et rêver que l’on n’existe pas /
comme un corps à l’institut médico-légal /
résigné sans douleur aux lames de métal
/ i’m back in a minute …
pour devenir putain à galons il faudra rester souple.
ne pas manger trop de paris-beurre
préférer le chocolat, qui donne des forces et console
de quelques humiliations qu’il faudra endurer
il faut aimer le champagne et le cognac
il faut savoir sourire et jamais ne se plaindre
qu’aux journalistes qui posent des questions.
pour les garçons, il y a corbillard qui est bien
ou ministre, ou poète, ou cerf-volant à Dieppe.
Suis ta voie.
Avant que Elie ne m’abandonne …
que sa volonté soit faite
lovée comme un serpent sous le drap du fantôme
qui suinte de pâleur aux rayons du matin
tournoyant son boulet pour tuer son chagrin
et dissiper les chairs, exploser les atomes,
neutraliser la vie qui cherche à l’incarner
et s’entremêle en vrilles de fleurs clématites
aux néants désolés où s’engouffre sa peur
[le relief de son chant plaintif et redoutable
retrace l’aventure au long cour qu’il raconte,
interminablement, tendu au ciel opaque
du rêve lancinant qu’il appelle son Dieu
qu’il tourne en cauchemar pour l’appeler Venise
qu’il sublime à jamais pour l’appeler Sophie
et dont il me rebat le cœur et les oreilles
selon qu’il flaire en moi un chien ou un ami]
j’ai mué lentement au cœur de sa racine
là où le mal sommeille à notre servitude
j’attends qu’il soit grand jour pour t’offrir mon présent
mon futur antérieur, mon conditionnel simple
un secret sans paroi où se love un serpent
un goulag où le froid le dispute à la faim
un domaine sans gloire où triment des vilains,
des braconniers honteux, mortifiés et sanglants
du sang de leurs femelles ouvertes à pleines mains
et de quelques bécasses abattues sur l’étang
un grenier où l’on dort en caressant le foin
doux comme la toison d’une jeune putain
un fief à ton vouloir d’y revenir enfin