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un poème à l'arrache, écrit pour t'arracher
à ma léthargie calme de jeune vieillarde
un prototype en vers et rimes mirliton
une approche effacée et humble, et inutile
par ce que l'univers qui gravite à ton cœur
broie furieusement les matrices stériles,
disciples erronés, ou Marie-Madeleines
honteuses à pleins cheveux de l'amour maternant
qu'elles ont prodigués aux hommes morts de froid
ou de faim - peu importe s'ils feignaient de l'être -
étonnées de ne pas s'offrir en repentance
pas le moins concernées de la rédemption
qu'à titre gracieux le Seigneur leur présente
à titre inaugural l’anathème est levé
à titre de Seigneur tu veux m'offrir le monde
et je souffle tout bas « non, j'ai déjà donné »
espérant que jamais, jamais tu ne l'entendes
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Des bobards entortillés
comme des ronds de fumée
forment deux cœurs enlacés
qui s’envolent dans l’espace
de ta chambre tapissée
de paillettes de poussière
lentement se désagrègent
dessinant un sortilège …
N’aies pas peur d’en dire encore
dans le creux de mon oreille
lorsque tu croies que je dors
je n’ai même pas sommeil
j’attends que ta voix revienne
réciter d’autres légendes
à mon cœur qui en demande
à mes mains qui s’en souviennent
voies comme elles se libèrent
vivement l’une de l’autre
pour esquisser dans les airs
des mondes de plénitude
où rien n’est fixé vraiment
là où c’est leur solitude
qui rapproche les amants
où des champs de mansuétude
plus vastes que les déserts
sont dès la première larme
des jungles de fleurs géantes
aux pétales haut dressés
sur des colonnes de sève
puisée aux sources divines
de ta voix intemporelle
qui raconte d’autres mondes
où je t’attendais déjà.
tu continues à marcher
herculéen, débonnaire,
comme le juif millénaire
aux écailles de diamant
à l’époque où même Dieu
couvait en rêve de Mère
Tu m’inspirais tous ces poèmes
que je n’aurais jamais tirés
ni de mon cœur ni du hasard
ni du pays de nulle part
puisque je revenais à toi
pour m’enivrer de ton odeur
de noyé dans son ammoniaque
surenchérissant de senteurs
d’orange verte et d’ambre grise
tu es mort sans te retourner
me laissant libérée d’aimer
au poids de ce fardeau énorme
de t’avoir vu vivre un instant
tout généreux en amitié
tout magnifique en dénuement
avec la gouaille d’un mendiant
déchu de sa race divine
comptant les anges à son plafond
dans son nid d’aigle sans aiglon
dans son campement de gitan
avec des poses de gisant
accroché à son auréole
en rond de fumée de gitane
de solitudes en cendrillons
accueillies chacune en princesse
… passent les jours et les gonzesses …
solitudes en mal de plaisir
cendrillons écartant leurs lèvres
réclamant pour dernier opium
pour se révéler d’avantages
tes doigts brunis de nicotine
ta bouche de mangeur de tripes
ta langue de broyeur de rêves
ton sexe désintéressé
et ton amour de vive voix
mordant à la perfection ronde
de tes seins enflés d’amertume
que tu m’offrais, comme une mère
donne à téter à son enfant,
je t’aimais sans penser à rien
ton ventre plein chauffant mes reins
confondant gésir et désir
empoignant la mort confondue
à ton étonnante caresse
la lune meurt en mal d’aurore
et je crois que tu bouges encore
entre mes entrailles écorchées
le présent a déjà passé
si j’avais eu ton bras autour de mes épaules
si tu m’avais offert ta présence aujourd’hui
si j’avais pu flairer l’odeur de ton manteau
entortiller ma main dans tes écharpes douces
si j’avais pu enfouir mon enfance à jamais
entre les pulsations de ton cœur aérien
quand l’encens âcre-doux s’épandait sous la voûte
quand l’orgue bourdonnait l’alleluia des anges
alors en ce seul jour étaient scellées nos âmes
alors l’éternité devenait notre Mère
on ne s’épouse bien qu’aux messes funérailles
où l’on voit la douleur sanctifiée et paisible
nouer d’un lien d’amour deux êtres qui se cherchent
avant qu’ils ne se perdent encore, ou pour toujours
je te donnais pouvoir de broyer l’amertume
brute et séchée en blocs de compacte indigence
pour en extraire à flots le breuvage divin
cet élixir qui mue les putains en princesses
les champs de solitude en champs de liberté
qui sacre l’étranger enfant de la patrie
étire la patrie jusqu’aux confins du monde
déploie le monde aussi, par delà l’infini
et me transforme en fée à rester dans ta poche,
le paradis secret où je vis contre toi
au doux balancement des secondes/lumières
égrenées de ton rêve et dansant dans le vent
et tu n’as pas permis noces de cette sorte
j’étais le parent pauvre parmi cette foule
je voyais que ma peau avait fané très vite
faute d’en avoir pris soin avec des onguents
faute d’avoir dormi dans des lits confortables
pour avoir sacrifié au culte de l’alcool
et surtout pour avoir écarquillés mes yeux
jour et nuit, sans repos, sur les beautés du monde
et pour avoir pleuré de terreur et de haine
impuissante à offrir ce que je n’avais pas
à mes enfants fixant sur moi leurs yeux avides
où je lisais “Maman, la vie ça sert à quoi ?”
et je ne savais pas répondre, ni sourire
j’aurais pu leur parler de ces gens au sang bleu
bien nourris, reposés aux soleils des montagnes
mais je me soupçonnais d’être mythomaniaque
alors j’ai oublié, et n’ai parlé de rien
j’attendais que tu viennes en parler à ma place
par le manque de toi le ciel s’est refermé
c’est juste un aujourd’hui d’il y a très longtemps
j’ai cru en ta magie du retour dans le temps
(tant ton être, le fils bien-aimé des comètes,
semble faire le tour du ciel en une nuit)
et je sais maintenant que j’ai rêvé pour rien
quand hier je pleurais déjà pour cet autre homme
mon appel au secours l’avait rendu méchant
il n’a pas mis son nom au bas du parchemin
je te le tends, tu y dessines une princesse
courtisée par des rois effondrés de vieillesse
ressassant en pensée leurs guerres glorieuses
tandis que je me meurs au pied de leurs murailles
A Messire Ce Joug ne me Dit Rien qui Vaille :
plus de larmes à verser, pas de tombe à fleurir
un rêve n’est jamais qu’un cheval qui s’envole
et lorsque il est au loin on le voit tout petit
comme un canard qui a perdu son bataillon
on le crible de plomb, alors il se dégonfle
et retombe à mes pieds en baudruche incolore
parasite accompli non–biodégradable
aux marches du palais le bourreau va nu pied
le chien toise le roi, le chat nargue l’évêque,
des enfants sont figés à un-deux-trois soleil
et pendant ce temps là tu gravites en silence
sur le ciel, un géant fait des ombres chinoises
Pour Elie Saint-Cloud 27 mai 2004
on me dit mignonne et charmante, je suis anorexique, j'ai cinquante ans.
Je vous souhaite bonne lecture de ce texte qui j'espère saura capter votre intéressiation à mes ouvrages
vif du sujet
... une coupe de Champagne du Noël dernier,
bien sage dans son compartiment blindé,
et que je bus avec ferveur comme s'il s'agissait de vin de messe.
Le souvenir de toi ne me quittait pas.…
alors tu m'as donné mes lettres de vieillesse
tu m'avais arraché ma défroque de vent
et je gisais sans fond au fond de ma détresse
mon âme était le lot d'une vente aux enchères
ne pesant pas plus lourd qu'une plume taillée
crissant docilement au rythme des dictées
que ta voix et mes mains continuaient d'écrire
pour tâcher de noyer sous des fleuves de mots
la vieille lâcheté ancestrale et prégnante
je larde de traits noirs la toile où l'on peut lire
le pacte que tu as conclu avec le Diable
validé feu sur sang d'un trait indélébile
et vos deux signatures, ainsi que des serpents
s'immobilisent en l'air après la danse vive
de leur langue fourchue, vont s'entredévorer
je lardais de coups noirs ma défaite à tes pieds
comme de coups d'épée trouant le noir du ciel
jusqu'à voir révélé un enfer tout en flammes
où je partais sans toi, aspirée par le vide
et tu ne portais plus sur moi un regard tendre,
ému ou amusé, comme j'avais cru voir,
alors je t'ai rendu tes lettres de noblesse
surannées et moisies, humides de chagrin,
tes dentelles de clown et ton coeur en trompette
serrant les dents de peur qu'une autre ne s'empare
des marottes vernies que j'ai aimé tenir
et n'oublie le respect qu'on doit à ces reliques
!serrant contre mon sein mon enfant saltimbanque
chantonnant pour tromper le salut de l'absence :
"je te verrai, pendard ! vilain !, sur tes tréteaux
aussi loin que tu soies j'enverrai sur ta tête
des anges messagers de toute ma tendresse
et s'ils sont malvenus il faudrait le leur dire :
ne fais pas voyager mes angelots pour rien
Ils iront visiter quelques autres enfants
que je veux rassurer aussi de ma confiance
et qui sont loin de moi puisque j'étais trop vieille
pour faire compagnie jusqu'au petit matin“
lettres obscures ” par Lakma de Kermal - 28 décembre 2003
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